Sébastien - Harold Brown

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Sébastien

Sébastien - Harold Brown

Un soir de janvier, alors que le froid s’était installé sur la ville, et que je rentrais chez moi à pieds, je dérapais sur le rebord de la chaussée, et je me rattrapais, au dernier moment, au lampadaire. Mes mains glissèrent sur le métal froid, mais je parvins à garder mon équilibre. Un passant, qui avait vu la scène, s’approcha de moi et m’interrogea : m’étais-je fait mal ? Je tentais de mettre mes deux pieds bien à plat sur le sol, mais je sentis immédiatement le lancinement de la douleur dans ma cheville droite, qui présageait une foulure, ou une entorse. La grimace, due au mal, qui se forma sur mon visage suffit à mon interlocuteur pour comprendre que je n’étais pas au mieux de ma forme. Il se proposa de me soutenir jusqu’à ce que je sois rentré dans mon appartement.

Je le remerciais et je tentais d’engager la conversation avec ce jeune homme si attentionné. Mes cheveux blancs l’avaient certainement poussé à me venir en aide. Il acquiesça. Il avait un grand-père, qu’il ne voyait pas très souvent, car il habitait loin d’ici, mais il pensait à lui en me voyant. Cet homme l’avait initié aux joies simples de la nature, notamment, à celle de la pêche. Le jeune homme, qui s’appelait Sébastien, se livrait à moi, comme si j’étais un ami de longue date. J’appréciais ce moment avec lui. Il ponctuait son récit d’anecdotes drôles, qui me distrayaient de ma douleur. Il m’aida à monter dans l’ascenseur, et il me fit comprendre qu’il n’irait pas plus loin. Je lui demandais, avant que la porte se ferme, si je pouvais le remercier en l’invitant à boire une boisson chaude chez moi. Il bloqua la porte, et monta avec moi.

Dans mon appartement, il fit de son mieux pour m’aider à préparer un café, puis à m’installer. Nous en étions aux appâts les plus prisés pour la pêche en rivière. J’avais vu une publicite internet qui vantait les mérites de certains hameçons. Sébastien connaissait cette technique, et il me la détailla. Ensuite, comme l’heure du dîner approchait et que je n’avais qu’à faire réchauffer une tarte salée, je le conviai à partager ce dîner frugal avec moi. C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés, et que notre amitié a commencé. Depuis ce jour, nous nous voyons très régulièrement, et Sébastien remplace à mes côtés, mes enfants et mes petits-enfants, que je ne voie jamais.